EN BANDE OU EN PYRAMIDE?

Il s’agit d’une construction sociale ambivalente. La maison est individuelle, sans l’être tout à fait. Les maisons sont groupées en «bande», ou superposées en «pyramides», ressemblant ainsi à ce qui reste des villages indiens d’Amérique. Le système semble plus largement accessible que celui de la formule précédente. Plus moderne également. Le constructeur, lauréat du concours Chalandon, préfère l’architecture moderne à la construction traditionnelle. Il aime les cubes ingénieusement agencés, les terrasses ensoleillées, les «mètres carrés sociaux», les aires de jeu. De deux à six pièces, les maisons se présentent accolées, ou «décrochées», ou groupées autour d’une place. Les maisons individuelles superposées en terrasses forment une pyramide de quatre étages. Chaque maison s’ouvre sur une terrasse-jardin privative, protégée de toute vue extérieure. Les accès sont extérieurs: cheminements et escaliers le long des terrasses et par le jardin; ou intérieurs: escalier qui relie directement le logement au garage. La disposition en équerre assure un ensoleillement maximal.
Les maisons sont conçues en fonction des normes exigées par le financement H.L.M., sous forme de prêts de la Société de crédit immobilier (loi Loucheur), remboursables en vingt-cinq ans.
Il est évident qu’ici l’acheteur n’a pas besoin de posséder un terrain au préalable, ce qui est également vrai dans le cas des villages sans clôture réservés à des couches plus privilégiées. Il existe également des centres commerciaux, des terrains de sport et des écoles, des « mètres carrés sociaux»: foyers, locaux collectifs, aires de jeu.
C’est une formule de maison individuelle intégrée dans la communauté. Un détail : les constructions modernes de type «piston»: des placards de séparation se déplaçant à volonté règlent la surface des chambres en coulissant tout le long du mur sur une roulette à plinthe. Cela ressemble à un premier essai de paroi mobile.

ET L’ARCHITECTE…

Pour l’habitant d’une maison individuelle, le voisin n’est plus l’ennemi comme il l’était dans une habitation collective. Il ne fait pas de bruit, on ne le rencontre pas sur le palier ou dans l’ascenseur, son chien n’aboie plus au-dessus ou au-dessous de vos têtes, ses bouteilles ne tombent plus en trombe et à grand fracas dans le vide-ordures au milieu de la nuit, il n’est plus l’intrus qui sait exactement à quelle heure vous rentrez, il ne vous parle ni de chasse d’eau ni d’ordures ménagères ni de votre télévision ni de votre vie privée, Plus de promiscuité. Le voisin est un être distant et aimable, semblable à vous, à qui l’on peut demander un service à l’occasion. Les relations sociales s’en trouvent améliorées, et ce n’est pas un des moindres avantages de la vie en maison individuelle. Les enfants s’amusent mieux et ne rôdent plus dans les mystérieux et dangereux couloirs des H.L.M. Ils peuvent grimper aux arbres, construire leurs cabanes, s’épanouir.
Il semble, d’après quelques interviews, qu’ils soient les plus grands bénéficiaires de ce genre d’habitat.
Pas de week-ends sur la route, pas de bruit, pas de pollution, moins de nervosité. Le bilan semble être positif, sans réserves importantes.
Un point, seulement: il n’a pas été beaucoup question d’architecture moderne dans les réponses que nous avons reçues. Les couches les plus aisées préfèrent la maison traditionnelle, et les cubes ne semblent être que des solutions économiques aux noms flatteurs: mas. chalets, gentilhommières, maisons classiques d’Ile de France, fermes, moulins et chaumières en forêt. Pourtant la ligne dépouillée de la maison moderne ne dépare pas un paysage harmonieux et s’accorde parfaitement avec la pureté des ciels méditerranéens.
«Pas de baraques», vient de déclarer le ministre de l’Équipement, parlant de ses bientôt célèbres jeux de construction pour adultes. Certes, mais aussi : pas d’architecte! A-t-on besoin d’un architecte pour jouer au Monopoly et au Meccano?