UNE MAISON A SON IMAGE

« Pour nous, la maison, c’est le rêve. Je veux avoir une maison isolée, pas à côté d’une autre qui soit la même. » En quelques mots, tout est dit. Car c’est bien d’isolement, de silence et de singularité qu’il s’agit. Autrement dit d’un rêve de citadin qui n’hésitera pas à emprunter matin et soir l’autoroute, le train ou l’autocar, pour retrouver son chez-soi, sa toilette japonaise, son jardin, sa maison qu’il a voulue à son image et pour son repos, et où il passera les week-ends à exécuter toutes sortes de prouesses horticoles et bricoleuses. Paris se dépeuple, la banlieue se repeuple au profit de la maison individuelle, isolée ou non, qui n’abrite qu’une famille et semble la protéger mieux que l’habitation collective. Elle l’enferme dans un berceau entouré de clôtures. Elle est posée comme un symbole maternel et protecteur au milieu de son jardin, où les enfants jouent en toute sécurité, à l’abri des voitures et des adultes, derrière la haie qui circonscrit l’espace enfin apprivoisé et parfois chèrement gagné.

Le prix de la liberté
Une maison, c’est un endroit empli de coins qui ne sont qu’à vous. On peut y lire, y écouter de la musique, ne rien y faire. Les enfants en ont besoin pour s’y retrouver, faire leurs devoirs. Le mari pour y ranger papiers et outils, La femme pour s’y reposer. Et tout le monde pour garder bonne humeur et équilibre. Va-t-on vers la «family- room » américaine, pièce familiale où tout à le droit de traîner; livres, jouets, souliers, raquettes de toutes sortes, vieille télévision, tout ce qui ne doit pas être vu, mais qui est essentiel? Nous n’en sommes pas là en France. Pas de pièce familiale, mais le plus possible de surfaces disponibles : sous-sols, greniers, que l’on peut aménager en chambres ou en salons; caves qui servent d’atelier et de garage, placards, débarras; bref, tout ce qui peut se transformer. Avoir une maison individuelle, c’est, en fait, posséder plus que l’indispensable. Le coin de bricolage permet à l’homme de se réaliser en dehors de son travail, d’utiliser son temps libre, de faire du bruit pour rien ou pour quelque chose, d’exploiter des connaissances dont il est fier.
C’est cela une maison individuelle: une salle de séjour, située près de la cuisine, où l’on peut vraiment séjourner; une chambre isolée pour chacun, une salle de bains et un cabinet de toilette, une cave, un grenier, un escalier parfois, un jardin, une clôture, et surtout des espaces disponibles. La liberté!
Cela ressemble à un rêve, mais il existe pourtant des plans de financement a la portée de chacun. Depuis la maison industrialisée jusqu’à la maison traditionnelle, en passant par la maison traditionnelle industrialisée, pour aboutir peut-être aux « meccamaisons » dont l’idée vient d’être lancée par le ministre de l’Équipement.
«C’est le bodygraph du logement», a-t-il déclaré. Chaque famille pourra bientôt construire, avec les cubes d’une sorte de jeu de construction pour adultes, la maison de ses rêves. Elle pourra en calculer le prix elle-même en comptant les pièces du Meccano, et envoyer le tout à l’entrepreneur. Mais aujourd’hui, quelle maison choisir?